Cette page a pour objectif d’accompagner les professionnels de santé dans l’identification des situations justifiant une exploration génétique. Elle présente les principaux gènes impliqués, les indications et modalités de prescription des analyses génétiques, les principes d’interprétation des résultats, ainsi que l’organisation du conseil génétique et du suivi des apparentés.
Pourquoi proposer un test génétique ?
Les découvertes génétiques réalisées au cours des vingt dernières années ont montré que la plupart des hypertensions pulmonaires ne sont pas dues à une mutation héréditaire unique tout en éclairant les mécanismes physiopathologiques de l’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP, groupe 1). Les progrès des technologies de séquençage ont ainsi mis en évidence de nombreux gènes impliqués dans la prédisposition à l’HTAP, ouvrant de nouvelles perspectives pour le diagnostic étiologique, la stratification du risque, l’évaluation de certains aspects pronostiques, le conseil génétique et l’identification des personnes susceptibles de bénéficier d’une surveillance adaptée. Les recommandations internationales préconisent ainsi la réalisation d’une analyse génétique chez de nombreux patients atteints d’HTAP, en particulier dans les formes idiopathiques, familiales et pédiatriques.
Pour les hypertensions liées à une maladie du cœur gauche (groupe 2) ou à une maladie pulmonaire ou à un manque d’oxygène (groupe 3), généralement aucune recherche génétique n’est menée bien qu’une maladie héréditaire sous-jacente puisse parfois contribuer, mais cela dépend du diagnostic.
Pour l’hypertension pulmonaire thromboembolique chronique (groupe 4), des facteurs génétiques peuvent exister mais aucun gène unique n’a été décrit comme cause habituelle.
Quand tester ?
Les indications du test génétique ont évolué avec l’amélioration des connaissances sur les formes héréditaires et sporadiques d’HTAP. Une exploration génétique doit être envisagée dans certaines situations cliniques, notamment en présence d’une HTAP idiopathique, familiale, pédiatrique ou associée à certaines anomalies ou comorbidités. En effet, l’identification précoce d’une prédisposition génétique peut avoir des conséquences importantes pour le patient et ses apparentés.
Une exploration génétique doit être envisagée dans les situations suivantes :
- HTAP idiopathique : une analyse génétique est recommandée chez les patients présentant une HTAP idiopathique, même en l’absence d’antécédent familial connu. Plusieurs études ont montré qu’une proportion significative de ces patients est porteuse d’un variant pathogène, notamment dans le gène BMPR2.
- HTAP familiale : toute HTAP survenant chez plusieurs membres d’une même famille doit faire évoquer une prédisposition génétique héréditaire. Dans ce contexte, l’analyse moléculaire permet d’identifier le variant causal et d’organiser le dépistage des apparentés.
- HTAP pédiatrique : la contribution de la génétique est particulièrement importante dans les formes de l’enfant. Les variants de gènes tels que TBX4, SOX17, BMPR2 ou ACVRL1 sont plus fréquemment retrouvés dans les cohortes pédiatriques que chez l’adulte.
- HTAP associée à une cardiopathie congénitale : certaines anomalies génétiques, notamment des variants de SOX17, sont associées à un risque accru d’HTAP chez les patients présentant une cardiopathie congénitale. Une évaluation génétique peut être discutée dans ce contexte, en particulier chez les patients jeunes ou présentant des antécédents familiaux évocateurs.
- Suspicion de maladie veino-occlusive pulmonaire : la recherche d’un variant biallélique du gène EIF2AK4 est recommandée en cas de suspicion de maladie veino-occlusive pulmonaire (MVOP/PVOD) ou d’hémangiomatose capillaire pulmonaire. L’identification de cette anomalie génétique peut permettre d’éviter des retards diagnostiques et d’orienter la prise en charge.
Une exploration génétique peut également être envisagée devant :
- la présence d’antécédents familiaux évocateurs ;
- certaines anomalies syndromiques ou extra-pulmonaires ;
- une suspicion de forme héréditaire malgré l’absence d’antécédents familiaux connus.
Limites du diagnostic génétique
Bien que le diagnostic génétique soit de plus en plus accessible, certaines limites doivent être prises en compte lors de l’interprétation des résultats :
- Un résultat négatif n’exclut pas une origine génétique : tous les gènes impliqués dans l’HTAP ne sont probablement pas encore identifiés et certaines anomalies génétiques peuvent ne pas être détectées par les techniques actuellement utilisées.
- La découverte d’un variant de signification incertaine (VUS) ne permet ni de confirmer ni d’exclure le caractère génétique de la maladie. Ces variants nécessitent une interprétation spécialisée et peuvent être reclassés ultérieurement en fonction de l’évolution des connaissances.
- La présence d’un variant pathogène ne préjuge pas à elle seule du pronostic individuel. E effet, l’expression clinique de la maladie résulte de l’interaction entre la prédisposition génétique, des facteurs environnementaux et d’autres facteurs biologiques encore mal connus.
- L’interprétation des résultats doit toujours être réalisée dans un contexte multidisciplinaire, en tenant compte des données cliniques, hémodynamiques, radiologiques et familiales du patient.
Quels gènes rechercher ?
À ce jour, de nombreux gènes de prédisposition à l’HTAP ont été identifiés. Ils interviennent dans différentes voies biologiques impliquées dans le développement, le maintien et le remodelage du réseau vasculaire pulmonaire. Bien que BMPR2 demeure le principal gène associé aux formes héréditaires, d’autres gènes contribuent également à la susceptibilité génétique de la maladie. Leur connaissance permet une meilleure compréhension des mécanismes physiopathologiques de l’HTAP.
Ces gènes de prédisposition peuvent être regroupés selon les mécanismes biologiques auxquels ils participent. Cette classification permet de mieux comprendre les différentes voies de signalisation altérées au cours de la maladie.

La voie de signalisation BMP/TGF-β régule la prolifération, la différenciation et la survie des cellules vasculaires pulmonaires. Ses altérations représentent le principal mécanisme génétique identifié dans l’HTAP héréditaire, le gène BMPR2 étant le plus fréquemment impliqué. En effet, ses variants pathogènes de ce gène sont retrouvés chez environ 70 à 80 % des familles atteintes et chez une proportion significative des patients présentant une HTAP idiopathique.
- BMPR2, Bone Morphogenetic Protein Receptor Type 2
- ACVRL1, Activin A Receptor Type II-Like 1, ou ALK1
- ENG, Endoglin
- SMAD9, SMAD Family Member 9
- GDF2, Growth Differentiation Factor 2, ou BMP9
Certains gènes interviennent dans le développement embryonnaire du système cardiovasculaire et du réseau vasculaire pulmonaire. Leur altération est associée à des formes particulières d’HTAP, souvent pédiatriques ou en association avec des cardiopathies congénitales :
- SOX17, SRY-Box Transcription Factor 17
- TBX4, T-Box Transcription Factor 4
- KDR, Kinase Insert Domain Receptor, ou VEGFR2
Les canaux ioniques participent au contrôle du tonus vasculaire pulmonaire et à l’homéostasie cellulaire. Leur dysfonctionnement favorise la vasoconstriction et le remodelage vasculaire. Sont impliqués :
- KCNK3, Potassium Two Pore Domain Channel Subfamily K Member 3
- ABCC8, ATP Binding Cassette Subfamily C Member 8
- KCNA5, Potassium Voltage-Gated Channel Subfamily A Member 5
L’endothélium pulmonaire joue un rôle essentiel dans le maintien de l’équilibre vasculaire. Certaines anomalies génétiques – variants plus rares – affectent directement les mécanismes de signalisation cellulaire impliqués dans la fonction endothéliale :
- CAV1, Caveolin-1
- AQP1, Aquaporin-1
Des travaux récents ont mis en évidence le rôle de plusieurs gènes impliqués dans la prolifération cellulaire, le métabolisme énergétique et le transport intracellulaire. Ces découvertes ont élargi le spectre génétique de l’HTAP. Citons :
- ATP13A3, ATPase 13A3
- PDGFD, Platelet Derived Growth Factor D
- FBLN2, Fibulin-2
La maladie veino-occlusive pulmonaire, entité rare appartenant au spectre des hypertensions pulmonaires, possède une signature génétique spécifique. Ainsi, a présence de variants pathogènes bialléliques dans EIF2AK4, Eukaryotic Translation Initiation Factor 2 Alpha Kinase 4, est fortement évocatrice d’une MVOP héréditaire et constitue un élément diagnostique majeur.
À retenir
Les panels diagnostiques actuellement utilisés dans les centres experts explorent simultanément plusieurs gènes impliqués dans l’HTAP. Le choix des gènes analysés évolue régulièrement en fonction des avancées scientifiques et des recommandations internationales. Un résultat négatif n’exclut donc pas définitivement une prédisposition génétique, de nouveaux gènes étant encore régulièrement identifiés.
Comment prescrire ?

La prescription d’une analyse génétique s’inscrit dans un parcours de soins spécifique associant information du patient, recueil du consentement et interprétation spécialisée des résultats. Selon le contexte clinique et familial, différentes stratégies d’analyse peuvent être proposées. La collaboration entre les équipes cliniques, les généticiens et les laboratoires spécialisés est essentielle pour garantir la pertinence de la démarche diagnostique.
Pour un passage de dossier en Réunion de Concertation Pluridisciplinaire, génomique, se référer aux conditions et à l’agenda des séances précisés sur la page dédiée.
Comment interpréter un résultat ?
L’interprétation des résultats génétiques est une étape essentielle de la prise en charge des patients atteints d’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP). Elle permet d’évaluer la signification clinique des variants identifiés et leurs éventuelles conséquences pour le patient et sa famille.
Une expertise spécialisée indispensable
La prise en charge des formes génétiques d’HTAP et l’interprétation des résultats doivent idéalement être réalisées au sein d’un centre de référence ou d’un centre de compétence du réseau PulmoTension. Ces centres disposent en effet d’une expertise reconnue dans le diagnostic et le suivi des hypertensions pulmonaires ainsi que dans la prise en charge des situations génétiques complexes. Ils réunissent les compétences nécessaires pour analyser les résultats dans leur contexte clinique, évaluer leur impact et accompagner les patients tout au long de leur parcours de soins.
Analyse des variants identifiés
Les variants génétiques détectés sont classés selon leur niveau de preuve, conformément aux recommandations internationales :
- Variant pathogène ;
- Variant probablement pathogène ;
- Variant de signification incertaine (VUS) ;
- Variant probablement bénin ;
- Variant bénin.
L’interprétation tient compte de plusieurs éléments, notamment les données scientifiques disponibles, les bases de données internationales, les caractéristiques cliniques du patient et les antécédents familiaux.
Une approche multidisciplinaire
Les résultats peuvent être discutés au sein d’une équipe multidisciplinaire associant médecins experts de l’HTAP, généticiens médicaux, biologistes moléculaires et conseillers en génétique comme cela peut être le cas lors de la RCP génomique. Cette collaboration permet de garantir une interprétation la plus fiable possible et d’adapter les recommandations diagnostiques, thérapeutiques et familiales.
Restitution des résultats
Les résultats sont présentés au patient lors d’une consultation dédiée qui permet d’expliquer la signification du résultat, d’aborder ses implications pour la prise en charge, et de discuter de l’intérêt éventuel d’un conseil génétique ou d’un dépistage familial.
Dépistage familial et conseil génétique
Le conseil génétique est une consultation spécialisée réalisée par un généticien médical et/ou un conseiller en génétique. Cette consultation permet :
- d’expliquer les résultats de l’analyse génétique ;
- de préciser le mode de transmission de la prédisposition génétique identifiée ;
- d’évaluer les risques pour les apparentés ;
- de répondre aux questions du patient et de sa famille ;
- d’accompagner les décisions relatives au dépistage familial.
Le conseil génétique constitue ainsi une étape essentielle pour aider les patients et leurs proches à comprendre les enjeux médicaux et familiaux liés à l’identification d’une prédisposition génétique.
Le dépistage des apparentés
Lorsque cela est indiqué, un dépistage ciblé peut être proposé aux membres de la famille susceptibles d’être concernés par le variant identifié. Cette démarche permet :
- d’identifier les apparentés porteurs du variant familial ;
- d’écarter le risque génétique chez les apparentés non porteurs ;
- d’organiser un suivi adapté lorsque cela est nécessaire ;
- de favoriser une détection précoce de la maladie.
La réalisation d’un test génétique reste une démarche personnelle et volontaire. Chaque apparenté est libre d’accepter ou de refuser cette proposition après avoir reçu une information adaptée.
Un accompagnement par les centres experts
Les centres de référence et centres de compétence du réseau PulmoTension jouent un rôle essentiel dans l’organisation du dépistage familial. Ils travaillent en lien avec les équipes de génétique médicale afin de coordonner les consultations spécialisées, accompagner les familles et définir les modalités de surveillance les plus adaptées au contexte individuel de chaque apparenté.
Une prise en charge familiale au long cours
L’identification d’une prédisposition génétique ne concerne pas uniquement la personne atteinte d’HTAP. Elle peut également avoir des implications pour plusieurs générations d’une même famille. Le conseil génétique et le dépistage familial permettent ainsi de proposer une prise en charge globale, coordonnée et personnalisée, au bénéfice des patients et de leurs proches.
Ressources professionnelles
Les connaissances sur la génétique de l’hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) évoluent rapidement. Les professionnels disposent aujourd’hui de recommandations internationales et de publications scientifiques de référence pour les aider dans les indications des tests génétiques, l’interprétation des résultats, le conseil génétique et l’organisation du dépistage familial.
Les recommandations ESC/ERS constituent actuellement le document de référence pour le diagnostic et la prise en charge de l’hypertension pulmonaire. Elles soulignent notamment le rôle essentiel des centres experts et l’importance croissante de la génétique dans le parcours diagnostique et le suivi des patients atteints d’HTAP.
Pour approfondir ces thématiques, consultez notre rubrique Publications, qui rassemble une sélection d’articles scientifiques, de recommandations nationales et internationales ainsi que des ressources actualisées consacrées à la génétique de l’HTAP.